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Accueil : Assurance mutuelle des motards, ça rassure

La protection des conducteurs des 2 roues à moteur

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Et si la FFMC n'avait pas existé ?

Si le motard, bien secondé par le scootériste, endosse aujourd'hui encore le rôle de bouc-émissaire de l'hécatombe routière, la démocratisation du 2-roues a bien eu lieu. Non sans mal : à la fin des années 70, la pratique de la moto était bel et bien condamnée par une politique des pouvoirs publics ouvertement motophobe.

Les raisons de la colère

Partout dans le pays, les motards manifestent bruyamment. Mais pour la première fois de leur histoire, leurs actions sont coordonnées, sur l'ensemble du territoire. Paris, Lyon, Toulouse : des milliers de jeunes ont rejoint le « triangle de la colère ». Nous sommes le 18 septembre 1979. Douze jours plus tôt, le gouvernement a annoncé coup sur coup la réforme du permis de conduire moto et la création de la fameuse vignette moto. À Roanne, sur la route de la manifestation lyonnaise, un petit commando noyé dans une centaine de motards s'est approché en douce des grilles de la préfecture et y a accroché une plaque frappée de quatre lettres énigmatiques : FFMC.

Les balbutiements de la sécurité routière

La Fédération Française des Motards en Colère ne naîtra officiellement qu'en janvier 1980, mais dans la rue, c'est déjà fait : les pouvoirs publics, arc-boutés sur une politique ouvertement motophobe ont trouvé à qui parler. Depuis 1972, la France balbutie ses premières mesures de sécurité routière. Il y a urgence et la prise de conscience est collective : la circulation automobile explose et le nombre de tués est passé de 9 000 en 1960 à près de 17 000 en 1972. Parmi ces victimes, les motards sont toujours plus nombreux. Et pour cause : leur nombre a quadruplé en l'espace d'une décennie, et le nombre d'accidents est à l'avenant. Pour la première fois, la sécurité routière devient un ressort aussi médiatique qu'électoral. L’occasion est belle : en 1979, pour camoufler des résultats décevants, la Sécurité Routière dissocie les statistiques des accidents de moto du “tout-venant”, et les médiatise en avant-première. Inconscience, vitesse, jeunesse : les bases rhétoriques de lutte contre l'insécurité routière sont posées.

Les gros cubes, “ danger véritable ”

La Moto ? « On ne voit guère d’autres solutions que d’en dissuader l’utilisation. », assène M. Giraudet, président de la commission Transport pour le VIIIe Plan, chargé de fixer les grandes orientations de l’État pour les cinq ans à venir (Chronique d'une utopie en marche, Editions de la FFMC, 2003). Les gros cubes ? Un "danger véritable", tonne Christian Gérondeau, délégué interministériel à la sécurité routière, devenu ennemi public numéro un des motards. «Est-ce que nous pouvons tolérer sur nos routes de véritables monstres comme ceux qu’on voit apparaître sur le marché, qui font 1 300 cm3 de cylindrée, dépassent largement les 200 kilomètres à l’heure, pèsent 300 kg, et qui ont des taux d’accidents énormes, alors que le Gouvernement fait tout ce qu’il peut pour améliorer la sécurité routière ?».

La vignette anti-moto

Confrontés à la démocratisation brutale de la moto, faute de comprendre, les pouvoirs publics choisissent donc de réprimer. L'objectif avoué du futur permis de conduire sera de rendre le plus difficile possible l'obtention du droit de rouler avec une cylindrée supérieure à 400 cm3. Quant à la vignette moto, les motards font indiscutablement l'objet d'un traitement de faveur : là où le propriétaire d’une célèbre Renault 5 Turbo versera 240 francs (36,5 €) pour l’achat de la vignette, le conducteur d’une Kawasaki Z 1 300 cm3 devra débourser 800 francs (122 €), soit plus du tiers du SMIC de l'époque. Après les déclarations belliqueuses des édiles, ce double coup de tonnerre finit de convaincre les motards indécis des dangers qui planent sur la pratique de leur passion. Le choix est simple : retourner à la marge d’un monde qu’ils n’observaient jusque-là qu’à travers la visière de leur casque. Ou se prendre en main, et passer, dans la rue, du statut d’usagers à celui de citoyens.

L'escalade vers 1981

Boycott de la vignette moto, enlèvement de Giscard, blocus récurent des vingt premières villes de France : alors que la France s'achemine dans un climat de haute tension vers la présidentielle de 1981, les motards sont partout, sauf à la Bastille, gardée par la police et où les motos sont purement et simplement interdites. Débute un bras de fer qui va culminer lorsque François Mitterrand fera sienne la promesse d'en finir avec la vignette. Dans une France bloquée, et méfiante de ses jeunes, la révolte des motards devient le symbole du « droit pour la jeunesse d’être elle-même » : le candidat socialiste à la présidentielle en fait opportunément un de ses slogans.

Les combats menés

François Mitterrand tiendra parole et supprimera la vignette moto. À ce jour, au sein des organisations de motards, l'aura de la FFMC dépasse de loin nos frontières car elle est la seule à avoir eu raison d'un impôt. Mais les combats menés par la FFMC furent nombreux depuis, et l'incontournable représentante des motards hexagonaux peut aujourd'hui se prévaloir d'un bilan. Dès 1985, elle a obtenu la réforme des permis moto, à laquelle elle a été associée. Au-delà de l'abrogation de la vignette moto, elle est à l'origine de la baisse de 40 % des tarifs autoroutiers appliqués aux conducteurs de 2-roues ; de la création des premiers circuits ouverts aux motards ; de la signalisation obligatoire des engins agricoles ; de la création des commissions REAGIR ; du doublement des rails de sécurité ; de la mise en place des « Monsieur Moto » dans chaque département au sein des DDE ; de la création d’un label de qualité des antivols moto avec l’Afnor ; de l’élaboration d’une charte de formation à la pratique des 2-roues à moteur ; de l’abandon du projet d’allumage des feux de jour pour tous les véhicules… Mais sa plus grande victoire reste la création, en 1983, de la Mutuelle des Motards : près de trois décennies plus tard, les motards toujours en colère ont aussi démontré qu'ils étaient responsables, et que le risque moto était assurable. Aujourd'hui, dans plus de deux accidents sur trois entre une moto et un tiers, le motard n'est pas responsable. Une démonstration synonyme de « danger véritable » pour le prêt-à-penser?